Quand la terre bouge –
Changement climatique, sécheresse et fondations fragilisées

On les imagine immuables. Invisibles et solides pour toujours, les fondations symbolisent la stabilité même de nos maisons. Pourtant, à Montréal comme ailleurs au Québec, elles subissent une pression accrue en raison du changement climatique qui accentue la sécheresse du sol.

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, nous avons discuté avec une experte, Sarah Lagacé, directrice de l’ingénierie chez Bisson Expert.

Moins spectaculaire que les inondations, l’assèchement des sols est un phénomène discret, mais redoutable. Lorsque la terre se contracte sous un bâtiment, ce sont les murs, les planchers et les portes qui finissent par révéler le problème. Depuis plusieurs années, le sud du Québec connaît des étés plus chauds et plus secs, entrecoupés d’épisodes de pluies intenses. Cette alternance modifie profondément l’équilibre des sols. Dans la grande région montréalaise, la situation est amplifiée par la présence d’argiles marines issues de l’ancienne mer de Champlain, particulièrement sensibles aux variations d’humidité.

Gorgée d’eau, l’argile gonfle. Asséchée, elle se contracte. Ce mouvement peut provoquer des affaissements de fondation : certaines parties d’une maison s’enfoncent légèrement, tandis que d’autres restent stables. Quelques millimètres suffisent pour créer des tensions dans la structure. Des bâtiments conçus pour un climat plus stable se retrouvent aujourd’hui confrontés à des cycles extrêmes, et lors de grande sécheresse les dommages peuvent être soudains.

Un sol vivant… et inégal
Lors d’un été sec, l’humidité s’évapore progressivement du sol, qui perd du volume sous les fondations. Le phénomène n’est jamais uniforme. Une façade exposée au soleil, un côté bordé d’arbres ou d’importantes surfaces bétonnées ou asphaltées peuvent impacter le sol et s’assécher davantage. Ce déséquilibre crée des contraintes invisibles, jusqu’à ce que les signes apparaissent.

Les arbres matures jouent un rôle important. En période de sécheresse, leurs racines puisent l’eau en profondeur, accentuant l’assèchement du sol à proximité des fondations. Il ne s’agit pas de les abattre — ils sont essentiels au confort urbain — mais de planifier leur emplacement, un choix d’espèces qui absorbent moins d’eau et d’en surveiller l’impact.

Certains quartiers construits au début du XXe siècle cumulent les vulnérabilités : sols argileux, fondations peu profondes, remblais hétérogènes et drainage imparfait.

Les signes à ne pas ignorer
Les mouvements de sol progressent lentement, mais laissent des indices :

  • fissures en escalier dans la brique ;
  • portes ou fenêtres qui coincent ;
  • planchers inclinés ;
  • fissures dans les murs intérieurs.

Toutes les fissures ne sont pas graves, mais une fissure qui s’élargit ou évolue rapidement mérite une évaluation professionnelle. Photographier et dater les anomalies est un moyen simple d’en suivre l’évolution.

Des bâtiments anciens plus vulnérables
Ingénieurs et entreprises de réparation de fondations constatent davantage de demandes d’inspection liées aux mouvements de sol après les étés particulièrement secs. Les bâtiments patrimoniaux sont particulièrement sensibles. Leurs fondations en moellons — des pierres liées par un mortier de chaux — sont durables, mais moins tolérantes aux déplacements du sol. Lorsque l’argile se contracte, ces murs peuvent se fissurer, se déformer ou laisser pénétrer l’eau. Dans plusieurs quartiers, la combinaison de sols argileux, de fondations anciennes et d’arbres matures accentue les risques.

Prévenir avant de réparer
Bonne nouvelle : toutes les fissures ne mènent pas à des travaux majeurs. Plusieurs mesures simples peuvent réduire les risques :

  • corriger la pente du terrain pour éloigner l’eau ;
  • assurer le bon fonctionnement des gouttières et drains ;
  • vérifier la proximité des arbres ;
  • éviter les arrosages excessifs ou irréguliers.

Ces interventions coûtent généralement de quelques centaines à quelques milliers de dollars.

Lorsque les dommages sont présents, les solutions varient selon la gravité. Les fissures mineures peuvent être injectées (environ 500 $ à 1 500 $ par fissure). Si le tassement est important, des pieux d’acier peuvent stabiliser la maison en transférant son poids vers un sol plus stable. Dans les cas extrêmes, une reprise en sous-œuvre ou une reconstruction partielle des fondations peut être nécessaire.

Bisson Expert, en affaires depuis 70 ans, a développé un savoir-faire et une expertise particulière dans ce type de réparation majeure et autres défis structurels propres aux bâtiments montréalais.

S’adapter à un sol qui change
Les fondations ne sont plus à l’abri des réalités climatiques. Au-delà de l’entretien des maisons, l’enjeu touche l’aménagement urbain, la gestion de l’eau et l’évolution des normes de construction. Dans un climat en transformation, la stabilité du sol n’est plus acquise.

Sous nos pieds, la terre bouge. Et il faut désormais apprendre à vivre — et à bâtir — avec cette réalité accentuée par le changement climatique.

Programme d’aide Rénoplex

Subventions pour des rénovations majeures admissibles, dont la stabilisation de fondation sur pieux.